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2015

Décryptage

Quelle place pour la viande dans l’assiette des millennials ?

En partenariat avec

Clara Lakritz
Clara LakritzEtudiante AgroParisTech
Elie Perraud
Elie PerraudEtudiant AgroParisTech
Léa Lespinasse
Léa LespinasseEtudiante AgroParisTech
Olivia Germain
Olivia GermainEtudiante AgroParisTech
Rosalie Delvert
Rosalie DelvertEtudiante AgroParisTech

Etre végétarien : “ce n’est pas une punition, ce n’est pas une privation, non, c’est juste une manière de manger qui est différente (Clémentine, 22 ans, végétarienne)

Vous avez entre 18 et 35 ans ? Alors vous êtes ce que l’on appelle un millennial ! Vous faites partie d’une génération qui a grandi dans un environnement marqué par la mondialisation et l’évolution des technologies. Une génération qui se démarque des précédentes notamment dans son rapport à l’alimentation : malgré plus de repas à l’extérieur, les millennials affichent une volonté de se nourrir sainement et de cuisiner plus.

Le rapport à la viande évolue aussi et la consommation de viande est remise en cause, notamment pour des raisons d’éthique et de durabilité. La popularité  des régimes flexitariens (qui diminuent la viande), des régimes végétariens ou végétaliens (qui excluent complètement la viande) ne cesse d’augmenter chez les jeunes.

Pourquoi les millennials se décident-ils à changer de régime ? Quelles sont les difficultés auxquelles ils doivent faire face ? Comment font-ils pour remplacer la viande au quotidien ?

Nous sommes un groupe de sept étudiants d’AgroParisTech, appartenant à cette génération de millennials, nous avons voulu répondre à ces questions et connaître l’avis des étudiants sur le régime flexitarien. Nous avons conçu un questionnaire en ligne (génération de digital natives oblige !) et nous avons mené des entretiens avec des étudiants qui réduisent leur consommation de viande.

Grâce à ce questionnaire, nous avons recueilli les réponses de 1701 étudiants à travers la France. 66% des répondants sont des femmes et 34% des hommes. Il faut noter que notre population n’est pas représentative de la population étudiante française, certains cursus et domaines d’études étant surreprésentés.

73% des étudiants interrogés considèrent l’enjeu environnemental comme une motivation (tous régimes alimentaires confondus)

Près d’un quart des étudiants qui ont répondu à notre questionnaire suivent un régime qui réduit ou exclut la consommation de la viande et près d’un tiers des omnivores interrogés sont en train de la réduire. La préoccupation environnementale est la première raison pour laquelle les étudiants se décident à réduire leur consommation de viande : 73% d’entre eux se déclarent motivés par la santé de notre planète.

Plus spécifiquement, l’impact négatif de l’élevage est un sujet évoqué à de multiples reprises lors les entretiens, comme ici Fanny, 22 ans, végétarienne :

On va utiliser des quantités énormes de céréales et d’eau pour nourrir le bétail […], et on pourrait utiliser les céréales et l’eau pour nourrir directement les populations, et donc ça serait beaucoup plus productif.

Les millenials remettent également en cause la durabilité des régimes actuels :

Ce n’est pas un régime qui est durable, soutenable ni pour la planète, ni pour l’Homme (Clémentine, 22 ans, végétarienne).  

Les préoccupations environnementales sont d’autant plus fortes lorsque l’on fréquente d’autres végétariens et flexitariens : l’entourage a un rôle primordial à jouer dans la volonté de changer son régime alimentaire.

Parmi les autres motivations identifiées dans notre étude, on peut noter la diminution du budget alimentaire, un argument non négligeable pour nombre d’étudiants, ou encore l’effet bénéfique sur la santé avec une diminution, entre autres, du risque de développer maladies cardio-vasculaires.

82% des étudiants omnivores considèrent que manger de la viande fait partie de leur culture

Pas de doute, pour les omnivores, manger de la viande est ancré dans leur culture. L’idée d’adopter un régime flexitarien est donc vue comme un abandon d’une partie de son identité :

Pour quelqu’un qui mange de la viande c’est quelque chose de naturel, tu ne conçois pas un repas sans viande en fait, c’est la pièce maîtresse du repas. , témoigne Clémentine, 22 ans, végétarienne. Ceci est encore plus vrai chez les hommes qui paraissent plus attachés à l’aspect culturel de la viande que les femmes.

Cet aspect culturel est d’autant plus important qu’en France l’alimentation est essentiellement construite autour de la viande et du poisson ! Pierre, 22 ans, végétarien, nous l’explique :

La cuisine française est […] essentiellement basée sur « un plat c’est une viande et un accompagnement ». Tu vois, rien que le fait de parler « d’accompagnement », ça veut dire qu’on en a rien à faire.

Les personnes qui diminuent leur consommation de viande sont donc bien conscientes du poids culturel de la viande. Une fois encore, on peut noter l’importance de l’entourage puisque plus les étudiants connaissent de personnes diminuant leur consommation de viande moins le poids culturel est important.

Enfin, pour certaines personnes interrogées, le régime flexitarien pourrait avoir un l’impact négatif sur la vie sociale en compliquant les sorties entre amis ou les repas en famille par exemple…

Les flexitariens et végétariens augmentent leurs consommation de légumineuses et de soja

S’ils devaient changer leurs régimes alimentaires, les omnivores interrogés préféreraient manger moins souvent de la viande sans diminuer la taille des portions. Bien que de plus en plus d’offres végétariennes se développent aujourd’hui, les flexitariens et végétariens interrogés trouvent globalement cette offre encore insuffisante et parfois trop chère.

Que mettre alors dans son assiette pour compenser la diminution de viande ? Des légumineuses ! La plupart des personnes interrogées pense augmenter, ou a déjà augmenté, sa consommation de légumineuses comme nous explique Anaïs, 21, végane :

Pour les protéines, je mange des légumineuses : lentilles, pois chiches…

Les étudiants ont également indiqué qu’ils augmenteraient leur consommation de produits à base de soja.

Cependant, certains ont émis des avis assez négatifs sur les produits à base de soja. La raison: ce sont produits industriels vus comme des substituts à la viande qui ne permettent pas de réaliser une véritable transition vers le végétarisme et dont la fabrication a un impact environnemental fort. Pierre-François, un étudiant flexitarien de 21 ans nous a ainsi confié qu’[…]

Il pense que pour […] arriver à supprimer la viande normalement et en y prenant un peu du plaisir faut vraiment changer son mode d’alimentation, dans le sens où faut arrêter de penser au steak comme l’aliment de base.

En conclusion: que faut-il retenir ?

La question de la consommation de viande est importante pour les étudiants et près d’un tiers des personnes omnivores interrogées sont en train de la réduire ! Les motivations principales sont l’impact environnemental et le bien-être animal, mais le poids culturel de la viande, entre autres, peut être un frein à cette diminution. Plus qu’un effet de mode, il existe un phénomène de société autour des régimes diminuant la viande : l’entourage joue un rôle clé dans cette transition. Cette popularité croissante s’explique également par la diffusion d‘informations sur Internet et les réseaux sociaux entraînant une prise de conscience de cet enjeu.

Réduire sa consommation de viande est une pratique qui se développe parmi les jeunes générations et qui apparaît comme un enjeu majeur notamment d’un point de vue environnemental.

Pour aller plus loin :

Cet article vous a intéressé ? Vous voulez en savoir plus ? Voici le lien de quelques articles qui pourraient vous plaire !  

– Notre étude complète : lien à venir !

Etude Kantar sur les millenials

Rapport de la FAO sur élevage et changement climatique

Etude Greenpeace sur déforestation en Amazonie et l’élevage

Merci aux auteurs de cet article: Rosalie Delvert, Clara Lakritz, Audrey Lapierre, Léa Lespinasse, Sophie Mahé, Elie Perraud.

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